Pifraire en Gironde

Christian Vieussens

Les années 70 ont vu se développer en Europe, nul ne peut l’ignorer aujourd’hui, un regain d’intérêt pour les musiques de tradition orale dites musiques traditionnelles. En Gironde, comme ailleurs, la vague folk a donc déferlé ; mais si la vielle à roue, le violon, la cornemuse ont suscité très vite le plus grand intérêt auprès des amateurs, un petit instrument appelé fifre, qui avait été au cours de l’histoire l’instrument des fêtes de Gironde, était, il faut bien le dire, étonnamment absent, quelque peu oublié dans ce vaste mouvement d’origine urbaine. Or, sa pratique n’était pas tout à fait perdue ; il restait encore dans quelques villages de notre département, dans la région de Bazas par exemple, quelques musiciens qui avaient beaucoup joué et qui encore, une ou deux fois par an, « sortaient » à l’occasion de quelques fêtes. La pratique de l’instrument étant très liée à la vie sociale communautaire (fête des conscrits, plantation du Mai ou Mayade, fêtes des bœufs gras, etc…), le conseil de révision ne se passant plus dans le chef-lieu du canton, les fêtes des bœufs gras se raréfiant, les joueurs vieillissant, les occasions de jeu devenaient rares et la tradition était moribonde.

Flûtiste de formation classique, j’avais hérité de mon père, très jeune, un fifre dont il m’avait appris à me servir. Musicien professionnel, j’étais tout de suite très motivé par la recherche de cette tradition musicale. Je la croyais à l’époque appelée à disparaître ; il fallait donc d’urgence en rassembler les derniers témoignages, ce que j’entrepris dès 1975. Pratiquant le répertoire de la flûte traversière classique et moderne mais aussi certaines formes d’improvisation ainsi que la musique de danse, je découvrais la musique populaire de tradition orale. Cette découverte fut déterminante, autant pour le musicien que pour l’enseignant que j’étais.

Après quelques recherches et tâtonnements solitaires, puis davantage avec une poignée de musiciens d’Aquitaine, c’est à l’ADAM Gironde, en y créant le département de musique traditionnelle (tournant dans tout le département), que j’ai pu la mettre en pratique, l’enseigner et la confronter aux autres. J’ai découvert à ce moment-là tout l’intérêt et le plaisir que l’on pouvait tirer de sa pratique :

-  la recherche qui, multipliant les rencontres, les collectages, me faisait découvrir la richesse du patrimoine ainsi que la personnalité des acteurs musiciens ;

-  l’immense richesse du répertoire de danses, marches, complaintes, airs de circonstances, berceuses… qui pouvait être exploité en tant que tel, mais aussi. comme point de départ de créations contemporaines ;

-  la pratique de la musique de rues, le fifre étant l’instrument privilégié des fêtes de plein air ; il a maintes fois prouvé au cours de son histoire ses qualités dans ce domaine ;

-  le type de démarche entreprise qui implique fatalement une « recherche-action », développant, incitant, encourageant la poursuite de la pratique chez les anciens et l’apprentissage chez les jeunes ;

-  déjà flûtiste, le fifre étant une petite flûte traversière extrêmement simplifiée, j’ai perçu alors les avantages que l’on pouvait tirer, pédagogiquement parlant, de cet instrument, etc.

PIFRE ET FIFRE

Les vocables pifre et fifre font leur apparition en même temps, dans la langue française écrite, au début du XVIe siècle. Aujourd’hui, le terme pifre est un archaïsme, mais il subsiste en occitan et notamment dans le dialecte gascon. Le fifre est une petite flûte traversière, de perce cylindrique, d’environ 1 cm de diamètre excédant rarement de nos jours plus de 38 cm de longueur, fait de bois de sureau, roseau, bambou, ébène, buis, grenadille ou palissandre, parfois en métal et percé de plusieurs trous. L’un d’entre eux, percé à 4 ou 5 cm d’une extrémité, constitue l’embouchure par laquelle le musicien souffle… Le son est modulé en combinant la pression de l’air et la position des doigts sur les six ou sept trous percés sur le corps, et dans certains cas d’instruments plus modernes, en actionnant une petite clé appelée clé de Rippert (du nom de son inventeur). Presque tous les fifres de bois tourné possèdent en plus des six ou sept trous de doigtés, deux autres trous à l’extrémité opposée à l’embouchure, qui sont des trous d’accord liés à la fabrication, pour la justesse et la clarté du son, mais qui ne sont jamais bouchés par l’instrumentiste. Il faut distinguer en même temps que deux pratiques « socio-musicales », deux sortes d’instruments organologiquement parlant -coexistant en Gironde « lo pifre », d’origine « pastorale » (lou pifre) et « lo pifre », en bois tourné, d’origine « militaire ».

LO PIFRE, D’ORIGINE PASTORALE

C’est un instrument fait en roseau ou sureau, bois creux, qui ne nécessite pas, pour la fabrication, l’usage d’un tour. Dès lors, il est facile de se fabriquer, à moindre frais, un petit instrument en y perçant à l’aide d’un fer rougi une embouchure et six trous. C’est cet instrument-là qui, depuis l’antiquité, a accompagné les bergers et leurs troupeaux. M. Dupouy de SaintMagne, témoin âgé, nous a souvent parlé de ces bergers qui avaient tous un « pifre » dans la poche. Les témoignages sont nombreux et ils concordent tous pour dire que le pifre était l’instrument privilégié de cette société pastorale qui sillonnait le grand Sud-Ouest, des Pyrénées au Médoc et aux vignobles de l’EntreDeux-Mers jusqu’au début du siècle. Ce n’est donc pas une image d’Épinal. Ils n’en étaient bien sûr pas les seuls utilisateurs dans le monde rural. L’instrument dont je viens de parler, quoique connu par eux, n’est pas pris au sérieux par les pifraïres dont je me propose de dresser le portrait et de décrire la pratique. Dans notre région, les bergers ont disparu -il y a peu, il est vrai, et avec eux leurs instruments.

LES FIFRES EN BOIS TOURNE ET D’ORIGINE ’MILITAIRE’.

Les instruments les plus anciens utilisés en Gironde par les pifraïres sont pour la plupart des fifres à six trous, plus deux trous d’accord, dans le tonalité de mi-bémol. Autrefois, beaucoup de témoignages d’archives concordent pour le dire, les fifres étaient généralement dans le ton de ré. En usage depuis le XVIe siècle dans les musiques militaires, une ordonnance du milieu du XIXe siècle demandait de faire jouer les musiques militaires dans le ton de mi-bémol. Le fifre en mi-bémol, sans clé, est donc le plus utilisé, sinon le seul, dans la tradition des pifraïres girondins. Fabriqués en série pour les régiments, en ébène avec deux bagues de maillechort aux extrémités, ils ont pu être reproduits par les fabricants locaux. La clé dite de Rippert, inventée vers 1660, fait son apparition au cours du XIXe siècle sur les fifres exclusivement réservés aux musiques militaires et fanfares. C’était le cas de la batterie-fanfare « les Bleus de Notre-Dame d’Arcachon » dont la formation des fifres était assurée par mon père M. Vieussens dans les années 1930. Il faut noter que leur répertoire était très différent de celui des pifraïres traditionnels avec qui ils n’entretenaient apparemment aucune relation. Deux instruments apparemment très proches (le fifre en mi-bémol à six trous, sans clé, et les fifres en mi-bémol à sept trous, à clé) servaient et développaient deux styles de musique complètement différents, chacun participant de son côté, en ignorant l’autre, à la vie sociale d’une même région à la même époque. C’est l’instrument intermédiaire qui survivra, celui qui, comme le fifre en roseau, n’a que six trous, mais est assez solide et performant pour traverser les années et nourrir encore aujourd’hui les fêtes et certaines cérémonies de quelques villages girondins (un compromis entre le fifre pastoral et le fifre de guerre…

LA GARONNE, VOIE DE DIFFUSION DU FIFRE

Instrument des fêtes et cérémonies officielles du XVIe siècle jusqu’au milieu du XlXe siècle, il était sous l’ancien régime, en compagnie du tambour, un des rares instruments utilisés chez les militaires, et ceci partout en France et en Gironde, dans les principales cités, notamment à Bordeaux. La Garonne a sans doute contribué à ce que son usage se répande largement dans l’arrière-pays puisque dès le XVIle siècle, des villes situées sur son cours et celui de ses affluents entretenaient plus ou moins officiellement des « tambours et fifres de la ville ». Sa réapparition dans les troupes au XlXe siècle a pu renforcer et redonner un élan à son utilisation par le « peuple », utilisation qui fut abondante au vu des documents relatant les fêtes de l’Empire et de la Restauration, en Gironde jusqu’au milieu du siècle. A partir de cette époque, il n’est plus signalé dans les documents d’archives, puisque remplacé dans les fêtes officielles par les récentes philharmonies, harmonies, mais sa pratique ne cesse pas dans la tradition populaire.

Parallèlement, les bergers transhumants et le monde rural, Landais, Médocains et Béarnais attirés par les pâturages bordant la Garonne, la Dordogne et le sud de l’estuaire se répandent de « Septembre au premier Mars », tous les ans. Ils ont pu contribuer à l’implantation de la tradition. La rencontre de deux « civilisations », pastorale et semi-nomade d’une part et étatique centralisatrice de l’autre, se retrouve dans le répertoire recueilli. Danses très anciennes, de caractère répétitif et modal pour les uns, airs de marches de caractère militaire, plus « enlevé » pour les autres, les deux se fondant au cours des années, mais dont les origines respectives restent souvent perceptibles. Ajoutons le répertoire des danses importé au cours du XlXe siècle, constitué de polkas, mazurkas, scottiches de provenance urbaine.

La tradition des mariniers joueurs de fifre à Moissac jusqu’au début du XXe siècle, l’immense trafic fluvial, font penser que l’usage de l’instrument et le fleuve ont entretenu des rapports étroits… Curieusement, la tradition est restée vivante à la croisée de ces trois chemins . fleuves, chemins de transhumance et routes militaires.

LO PIFRAIRE

Bien acceptée, respectée par la population rurale, l’activité du pifraire se répartit le plus souvent entre le travail de la terre et la pratique de l’instrument. Toujours accompagné du tambour, de la grosse caisse, parfois du cornet à piston ou trompette, il participe à la formation musicale appelée Ripataoulère. Leurs nombreuses sorties et interventions attestent de leurs activités jusque dans les années soixante et plus sporadiquement jusqu’en 1985. Mayades, fêtes de conscrits, boeuf gras et bals sont les occasions les plus fréquentes et permettent une pratique originale et régulière. Le pifraire fait partie du paysage socioculturel rural girondin et le témoignage de sa réelle existence et de ses activités est riche d’enseignement pour le musicien et l’ethnomusicologue entre autres. Il est aussi souvent émouvant. Presque tous autodidactes, ne sachant ni lire, ni écrire la musique -hormis quelques cas isolés de musiciens ayant pratiqué un autre instrument (saxophone, trompette) sans une « harmonie locale » mais n’étant pas réguliers quant à la pratique du fifre- les pifraïres ont appris, (ils insistent parfois sur ce fait), seuls. « J’ai appris moi-même », dit André Bernadet. L’apprentissage a commencé jeune, au début de l’adolescence, sur les conseils d’un vieux pifraïre du voisinage -mais ils nient tous avoir eu un « professeur »- et une fois les quelques éléments de base assimilés : savoir souffler et monter la gamme, ils cherchent « d’oreille » les airs du répertoire et, de bals en bals, de mayades en mayades, se sont forgé le leur propre, en écoutant.

Répertoire qui, par fantaisie, ou simplement par « errance » auditive, se transmet selon les musiciens, plus ou moins transformé : chacun arrangeait l’air à sa façon (appoggiature, notes de passages, cadences harmoniques) en respectant toutefois la carrure rythmique. « Des fois, j’oubliais, dit André Bernadet, mais pendant la nuit, ça revenait ». Pour apprendre les airs, il faut selon lui jouer les yeux fermés, savoir se concentrer et beaucoup pratiquer. Ce sont des musiciens qui ont appris de routine -jouant « d’oreille ». Ils ont tous le sens développé de ce qu’ils appellent « la cadence », équivalent de « sens du rythme », expression qu’ils n’emploient pas. Certains, les plus forts, « ceux qui avaient l’idée », n’hésitaient pas à inventer et composer des rondeaux, marches, polkas et autres airs de danse ou d’aubades. Preuve en est le répertoire que m’a laissé André Bernadet, riche en compositions. Ce dernier mis à part, beaucoup d’autres joueurs de fifre rencontrés, peut-être plus jaloux de leur savoir, ne l’ont pas transmis et on peut penser qu’autrefois la technique et le répertoire se « volaient » plus qu’ils ne s’enseignaient ; le nombre de joueurs de fifre étant élevé, la transmission se faisait tout de même.

LA POUSSIÈRE DES BALS

Le pifraïre a soin, après avoir joué, de nettoyer son instrument en poussant à l’intérieur un petit coton imbibé d’alcool, le plus souvent de l’eau-de-vie, pour enlever la « poussière des bals ». Avant de jouer, la veille, il faut pour certains remplir le fifre d’eau-de-vie afin de faire gonfler les fibres du bois : il ne fonctionne bien qu’à cette condition. Nous avons éprouvé cette pratique maintes fois. Elle est nécessaire pour que le fifre sonne bien. Un fifre ne sonne bien que lorsqu’il est rôdé : « il n’y a rien de si bête en effet qu’un fifre neuf, tout neuf. Il ne sait pas ce que vous lui voulez ; vous soufflez dedans, il rend la note de travers, et quand vos doigts gesticulent sur les trous, le vent passe toujours, par des raisons que je ne vous dirais pas (sic)… Un fifre ne commence à être passable qu’après un mois de service et quand il a mangé un quart de litre d’huile d’amande douce. Par exemple, au bout de trois mois de campagne, s’il est d’un bois serré, il devient aussi doux qu’une flûte de dix napoléons. Le pauvre fifre que je laissai en quatre morceaux sur le champ de bataille de Wagram commençait à valoir son pesant d’or… ».

LA TRADITION EN DANGER

Il serait faux de dire qu’aujourd’hui, la tradition que nous avons décrite se porte bien. Elle était depuis la seconde guerre mondiale et surtout depuis les années soixante en très grande perte de vitesse. Les joueurs sont âgés, les occasions rares, la « relève » n’a pas été assurée auprès des gens nés après 1930. Mais ici, la tradition a peut-être résisté un peu plus longtemps, car solidement ancrée. Elle a vécu ces derniers temps cachée dans les petites communes, un peu comme un secret gardé que l’on ne divulgue qu’aux initiés, et l’on peut totalement l’ignorer. Il est frappant, quand on traverse les villages girondins et qu’on observe les fêtes d’aujourd’hui, de n’y trouver rien de commun avec ce que peut raconter devant sa porte ou dans l’intimité de sa cuisine, un joueur de fifre. Dans l’ensemble d’ailleurs, il n’accepte que très mal le présent et est souvent très démoralisé et démoralisant. Lorsqu’il parle de sa pratique, c’est tout un univers qui s’ouvre, qui semble venir de très loin, solidement enraciné et fortement vécu et revécu dans le récit. Le sentiment de la disparition d’une certaine façon de vivre, de penser, de voir et de sentir les choses et les gens se fait jour. Si cette tradition a su et a pu se maintenir si longtemps, c’est qu’elle avait su évoluer, s’adapter ; il n’y avait alors que peu de concurrence dans les campagnes jusqu’à la mode « yéyé ». Aujourd’hui les choses vont bien plus vite, la communauté villageoise a du mal à garder son identité, sa densité et sans aller trop loin dans une longue et délicate analyse, nous pouvons dire qu’il n’est pas étonnant, dès lors que certaines traditions liées à la vie sociale et économique d’alors éclatent elles aussi. Nous continuerons de penser malgré tout que la musique traditionnelle est apte à apporter encore, aux musiciens notamment, un riche héritage, source de création, mais aussi l’exemple d’un itinéraire unique où pratiques musicales et sociales sont indissociables, parfaitement imbriquées l’une dans l’autre. C’est aussi une musique de fêtes. Elle est à l’image des hommes : conservatrice et en même temps en constante évolution dans sa pratique. Aujourd’hui, elle a du mal à exister dans la forme qu’elle avait il y a encore cinquante ans. Beaucoup moins souvent pratiquée dans son cadre primitif, elle n’a pas évolué et nous n’avons recueilli son témoignage qu’au moment où il semblait qu’elle allait disparaître, « comme par la pointe des cheveux ».

AH ! SI TOUS LES MUSICIENS SAVAIENT FAIRE DANSER…

Ces musiques sont actuellement réinjectées dans le répertoire des musiciens de tous horizons. Elles continuent à faire danser, redonnant parfois une nouvelle raison d’être au bal, lieu de rencontre privilégié. Elle a reconquis la rue pour certaines occasions. Ce type de pratique musicale doit continuer d’exister dans son réflexe d’adaptation et d’évolution, dans sa mobilité. Musique jouée et consommable sur place, sur la place, qui garde un caractère humain, ouvert, palpable, de simplicité.

Ah ! Si tous les musiciens savaient faire danser… Pour notre part et dans ce domaine, nous avons tenté d’agir en faveur de cette évolution. Nous ne sommes pas les seuls et il existe aujourd’hui en France d’innombrables associations ayant le même objet . sauvegarder, diffuser et favoriser l’épanouissement des musiques de tradition orale. Chacun dans son domaine (recherche, lutherie, répertoire, création, etc.) travaille et collabore pour faire évoluer ces pratiques musicales, car c’est d’évolution qu’il s’agit. Il en sortira quelque chose fatalement. C’est en ces termes que nous terminions notre ouvrage Pifraïre en Gironde, en Septembre 1985. Depuis, le paysage a fortement changé ; les demandes d’apprentissage de cet instrument sont nombreuses et pressantes et la pratique est redevenue dynamique et vivante. Des ensembles de joueurs de fifre se sont formés. En 1987, la forte demande des municipalités pour avoir à l’occasion de la « Mayade » des fifres et des tambours a été satisfaite dans le Bazadais, l’Entre-Deux-Mers, le Langonnais notamment.

A Saint-Macaire, où depuis plusieurs années, nous transmettons la technique et le jeu du fifre et de différents instruments de « tradition populaire », au sein de l’association ARDlLLA, plusieurs joueurs de fifre sont désormais capables et remplissent leur rôle de musicien. Issus de cette « École » citons entre autres les « sous fifres » de St-Pierre-d’Aurillac ». Le centre LAPIOS (Centre de formation à la musique traditionnelle) structure subventionnée, directement issue de notre action dans le canton de Belin Beliet, dans le cadre de l’ADAM Gironde, a prolongé aussi, entre autres recherches, celles qui avaient été commencées dans ce domaine (pour le Bazadais). Près de Bazas, à Gans, Marius Guicheney, un ancien, et son fils Hubert ont ouvert un atelier hebdomadaire où se pressent les jeunes qui forment un ensemble de plus de vingt fifres et tambours. A Bazas , à l’initiative de Monsieur Bernard Lummeaux, depuis plusieurs années, existe au sein d’une école de musique, une classe de fifre animée par Jean-Pierre Bertin de St-Macaire. Le festival d’Uzeste de Bernard Lubat, lieu d’échanges, de rencontres, de remise en question est aussi l’occasion de jouer pour les « pifraïres » de la région, les fêtes des boeufs gras dans le Bazadais (où l’on sait ce que « faire le boeuf » veut dire) grandes occasions de retrouvailles aussi pour ne citer que les actions les plus spectaculaires. Il ne faudrait pas oublier non plus les individus, qui n’ont pas cessé de jouer, ceux qui ont pris ou « repris du service ». Citons enfin depuis 1975 plus de 450 manifestations où nous avons nous-mêmes fait « sonner » le fifre dans tout le département. Cette énumération prouverait s’il le fallait que la pratique du fifre en Gironde est loin d’être morte, elle est sauvée (les causes en sont complexes et multiples). Elle a même pourrait-on dire le « vent en poupe ». Elle va donc s’adapter, s’enrichir, évoluer… Tant il est vrai qu’il n’y a de traditions que vivantes. Pour notre part, il est intéressant de noter que la prise en charge de la transmission se fait et se développe dans un esprit très proche sinon le même qu’autrefois, transmission orale, même si le recours à l’écriture que nous jugeons utile, est présent. Un élève vient, apprend la technique et le répertoire de base ; à lui de l’élargir, de l’enrichir, de le pratiquer sur le terrain et de le transmettre (on « s’apprend » les airs comme on apprend une chanson). Ceci semble fonctionner assez bien et nous sommes souvent surpris de la volonté et des initiatives locales propices au développement et à la réappropriation de ce patrimoine.

St-Macaire, 24 Mars 1990, 2 heures du matin, « chez Rodriguez », un café du bourg, « y’a du monde », beaucoup de monde, trois fifres, un tambour, une grosse caisse, nous n’arrêtons de jouer que pour trinquer avec ceux qui nous offrent à boire, nous avons pourtant joué presque toute la journée sur la place, dans la rue, avant le repas, pendant le repas à plusieurs reprises, après le repas, puis au bal pour faire danser. Les anciens sont là, les visages sont ouverts, la fête bat son plein, trois jeunes rockers s’approchent : « Une autre, c’est super ! Nous n’en finirons plus de « l’écrire, la musique… des « pas musiciens »