Le fifre à Dunkerque

FOLKCadre géographique et historique.

Dans l’antique cité de Jean Bart, la pratique du fifre est étroitement liée au respect spontané et inconditionnel des Dunkerquois au Carnaval.

Le Carnaval de DUNKERQUE reprend à son compte l’universel thème de Bonhomme Carnaval chassant l’hiver mais ce qui a contribué le plus à donner au Carnaval Dunkerquois sa spécificité, c’est son passé de cité maritime et plus particulièrement de port « islandais ». De la fin du XVIIème siècle jusqu’au premier conflit mondial, des générations de pécheurs originaires de la côte s’étendant de GRAVELINES à OOSTENDE (près de 2000 pécheurs au milieu du XIXème siècle) ont embarqué à DUNKERQUE pour aller traquer la morue dans les parages de l’ISLANDE. L’affaire était aventureuse ; les campagnes de pêche longues, rudes et monotones. Commençant généralement dès la fin de l’hiver, elles coïncidaient avec les réjouissances du Mardi-Gras. Nos braves pêcheurs flamands investissaient l’avance sur salaire, consentie par les armateurs, dans les bières et autres spiritueux proposés par les estaminets et de manière générale dans tous les amusements et bals qui pouvaient être proposés dans la région. Ainsi naquit « La Visherbende » ou bande des pêcheurs en flamand.

C’est donc depuis près de deux siècles que les Dunkerquois, pêcheurs mais aussi bourgeois et bon peuple s’accordent toute licence pour défiler et danser ou plutôt chahuter au son des fifres !

Tradition du fifre.

Pourquoi le fifre à DUNKERQUE ? La Flandre Française sous l’Ancien Régime était réputée « terre étrangère » et les serments d’arbalétriers archers et autres milices de ville ne manquaient pas d’avoir des fifres pour régler leurs marches et donner plus d’éclat à leurs participations aux cérémonies civiles et religieuses. De plus DUNKERQUE a longtemps été une ville de garnison et la présence de fifres militaires a certainement contribué à la popularité de l’instrument.

fig07043Les musiciens.

Actuellement, une centaine de personnes jouent du fifre à DUNKERQUE et ses environs. L’étude du fifre n’est pas au programme des écoles de musique et se fait « de routine » avec l’aide d’amis. Parmi ceux qui le pratiquent, nous trouvons des anciens et des jeunes musiciens des deux sexes. La relève semble donc assurée… ? En fait le malaise est profond. Les musiciens sont « appointés » par les municipalités et recrutés dans les harmonies locales parmi les flûtistes et les « anches ». L’intérêt momentané porté à l’instrument a parfois des raisons bien pécuniaires, le fifre n’étant bien souvent pas considéré comme un instrument de musique. D’autre part, il existe des musiciens indépendants dont certains sont réunis sous la bannière des « Kakestecks » (joues de morues), « De Kust Broeders » (les frères d’la côte) ou « Reuzelied (chant du géant) qui jouent le fifre en franc-tireur et constituent en fait les seuls groupes ayant développé le répertoire mais aussi la pratique du fifre en dehors de la période carnavalesque. Lors des événements du Golfe qui en 1991, ont amené les autorités locales à annuler le Carnaval, ce sont ces mêmes fifres qui ont animé les « Bandes spontanées » (baptisées à cette occasion « Bande à Nuler ») des carnavaleux frondeurs farouchement déterminés à braver interdits et intempéries.

L’instrument.

les instruments utilisés sont du modèle Couesnon Standard en Mib avec ou sans trou de pouce, la présence d’une clé à l’instrument est considérée par bon nombre de musiciens comme « décorative » !. La fabrication Couesnon étant relativement ancienne, de nombreux musiciens jouent aussi sur des fifres de marque Camac (en Ré) et Yamaha en plastique ; dans ces derniers cas, les instrumentistes obtiennent une tonalité approximative située entre le Mib et le Ré en jouant sur l’embouchure.

Le fifre dans la fête.

Le fifre se joue exclusivement pendant la période de Carnaval, c’est-à-dire de la mi-Janvier à la fin Mars ; près de deux mois de liesse avec les points forts des trois joyeuses : les bandes des pêcheurs de Dunkerque, de la citadelle et de Rosendaél, les Dimanche, Lundi et Mardi-Gras.

Qu’est ce qu’une « Bande » ?

C’est d’abord une tête de colonne avec un tambour-major en tenue d’empire au nom évocateur de « Cô-Pinard », « Cô-Schlock » ou autre « Co-Gnac » des tambours, des fifres et une fanfare. Le nombre total de musiciens de ces « Bandes » varie de la dizaine à la cinquantaine selon l’importance du quartier où se déroule la « Bande ». Puis viennent les carnavaleux ou masques de la société carnavalesque organisatrice de la bande ; enfin, la grande masse des carnavaleux des sociétés invitées ou des « indépendants » munis de leurs accessoires indispensables : des parapluies colorés. Le tout peut représenter une assemblée chahutante et chantante de plusieurs centaines, voire plusieurs milliers, de personnes. A l’initiative des « indépendants » sont créées « les avant-bandes et les après-bandes » constituant un intermède musical, dans les cafés pour la plupart du temps, avant la bande ou le bal. Le fifre y est roi ! mais son prestige est proportionnel à sa « misère ».

Répertoire du fifre.

Si dans les musiciens, nous trouvons de bons et de moins bons exécutants, tous se retrouvent au même régime quant au répertoire traditionnel de la « Bande des Pêcheurs » : une portion congrue d’une douzaine d’airs. Nous y retrouvons néanmoins les plus vieux morceaux : des airs flamands des pas redoublés, des airs de « Banda », le plus célèbre étant une version locale de « Bien le bonjour Monsieur Dumolet » appelée ici « Roule ta bosse » ! Aucun travail de collectage digne de ce nom n’a encore été effectué sur le répertoire du fifre dunkerquois mais les musiciens qui ont pratiqué l’instrument avant la dernière guerre ont affirmé que leur répertoire s’étoffait alors d’une dizaine d’airs supplémentaires dont pour mémoire les scottishes occitanes « Le lézard » et wallonne « Marie Plansjee ».