Fifre et laisser vivre

Comme les Fifres de Garonne, Sylvain Roux fait partie des pionniers de l’instrument, et le sort de son rôle habituel.

Déjà qu’ils ne sont pas si nombreux aujourd’hui encore, malgré 25 ans de festival de Fifres de Garonne… alors ils l’étaient encore moins il y a trente ans, ceux qui jouaient de cette petite flûte en bois, l’un des symboles du renouveau des musiques traditionnelles en Sud-Gironde.

Sylvain Roux était de ceux-là. Lui, le fifre, c’est un peu par hasard qu’il l’a rencontré, au retour de son service militaire. Là, il intègre la musique militaire où, comme il est flûtiste, on lui colle le piccolo, une flûte traversière plus aiguë : « J’ai beaucoup aimé ce côté virevoltant. Et ça permet d’être dans les aigus et de passer par-dessus les autres instruments. »

La revanche du joueur de flûte traversière, celui que personne n’entend dans les formations musicales… De retour à la vie civile, c’est presque naturellement qu’il retrouve dans le fifre les sensations musicales qui l’ont séduit dans le piccolo. Ça et un petit quelque chose en plus : « C’est la danse qui m’a amené aux musiques traditionnelles. J’avais un parcours un peu bigarré, qui passait par le baroque, le classique, la Renaissance… On jouait dans les églises et quand j’ai vu que je pouvais faire danser avec ma musique, j’ai trouvé ça super. »

Ouverture

Comme un bon paquet de musiciens qui passent au fifre dans ces débuts d’années 80, c’est forcément avec Christian Vieussens qu’il commence. Avant d’aller faire un tour quelques kilomètres plus loin, du côté de chez Lubat : « J’y ai appris à improviser à partir de rien. Je ne suis pas jazzman, mais j’ai vu que je pouvais dire des choses avec le fifre. Un jour Portal m’a dit que c’était bien et que c’était inattendu de faire ça avec cet instrument. »

Et ça change beaucoup de choses pour Sylvain Roux. Parce que le fifre, ce n’est pas un instrument qui se prête à tout : avec sa faible tessiture, on ne l’utilise alors presque exclusivement que pour les musiques traditionnelles.

Lui, il se place dans un entre-deux qui lui permet de faire du fifre un instrument à part entière, « qui peut dialoguer avec les autres instruments. Je le travaille comme un instrument classique en reprenant mes exercices de flûte traversière : je note tout ce que je peux adapter. Je pense que c’est important d’aller vers la création contemporaine. »

Et c’est justement la démarche du festival des Fifres de Garonne, cette ouverture de la tradition vers un ailleurs à défricher. Pour autant, cela faisait longtemps que Sylvain Roux n’y avait pas été programmé : « C’est logique parce que ce que je faisais ces dernières années ne s’adaptait pas vraiment à la dimension festive du dimanche. Cette année, mes nouvelles compositions sont plus traditionnelles. »

Avec Francis Mounier (ex-Occidentale de Fanfare) au saxophone et aux arrangements et Pierre Thibaud au tambour, « Danse si tu veux » mélange rythmiques traditionnelles et latines comme un support à une improvisation « proche d’une ripataoulère », ces formations qui sont les supports classiques du fifre.

Et trouve naturellement sa place dans un festival qui fête ses 25 ans de pratique de tous les instruments qui ressemblent au fifre de près ou de loin. De quoi fêter deux anniversaires en même temps.

Source : Jean-Luc Eluard – Sud Ouest

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