Le Poulain de Pézénas

Cadre géographique et historique

Pézénas, au bord de la rivière Peyne, est une petite ville de 8000 habitants entre Montpellier et Béziers, à 18 Km de la mer (Cap d’Agde). Le nom apparaît au 1er siècle après J.C. (Pline) sous le nom de Piscenae. Les Piscenois se disent les « Machous ».

La ville fut célèbre au Moyen Age par ses foires que rappellent des ruelles aux noms évocateurs : Rue de la Foire, Rue Triperie vieille, Rue Canabasserie… Dans le blason de la ville, la figure d’un dauphin doit rappeler que Pézénas resta fidèle au Dauphin, Roi de Bourges, au cours de la Guerre de Cent ans.

Le 17ème siècle constitue le siècle d’or du capital architectural de Pézénas (Secteur sauvegardé). Molière et sa troupe devenus « Comédiens des États du Languedoc et de S.A.R. le Prince de Conti » y plantèrent leurs tréteaux lors de plusieurs séjours dans la ville, entre 1650 et 1657. Pézénas doit à Jean François Lepine un orgue, au buffet somptueux, daté de 1776 et placé dans la Collégiale St Jean.

Tradition du fifre

Pézénas fut une ville d’étape de militaires, ce qui peut expliquer la présence du fifre. Des témoignages relevés dans les archives attestent d’abord l’utilisation de cet instrument à partir de 1768 jusqu’à la Révolution. Ainsi en 1768, il est dit que « la jeunesse des cordonniers dansait avec un tambour et un fifre ». On peut par exemple suivre à la trace Antoine Girard, dit « Lou pifre » -On sait qu’il fut payé en 1775 pour avoir joué du fifre à la Fête-Dieu.
-  Il reçut 12 livres en 1790 comme joueur de fifre « pour la fête de la commémoration du 14 Juillet ».
-  Il apparaît dans la liste des 800 hommes constituant la Garde Nationale de Pézénas en 1792.

Tout au long du 19ème siècle, la tradition du fifre est maintenue, mais elle a failli disparaître au 20ème siècle : un seul fifre (MONTFORT) jouait encore vers 1970/75. Puis, un peu plus tard, à l’occasion du Poulain, il y eut le renfort d’un certain nombre de musiciens venus spontanément à la fête : Jean Michel Lhubac, Jacques Ségui et Pierre Laurence. Ils venaient se joindre aux musiciens locaux : Joseph Michel (de Castelnau) et Pierre Palaysi. Ce dernier joue depuis 1980.

Au 19ème siècle également, le fifre est passé de Pézenas aux villages voisins. Ainsi au 20ème siècle, à Fontés, le père « Riebler, cantonnier, animait » les bals. A l’heure actuelle, le fifre rayonne autour de Pézénas : à Castelnau de Guers, Valros, Cournonterral et Montpellier.

Le fifre dans la fête

Dans le Bas-Languedoc, le Carnaval est particulièrement vivace à Pézénas, où les réjouissances populaires se sont cristallisées autour d’un animal totémique, le Poulain, un animal-jupon impressionnant qu’on peut considérer comme un cousin lointain du Dragon et en particulier de la Tarasque de Tarascon.

Son origine est légendaire. Au cours du séjour à Pézénas, en 1226, du Roi Louis VIII, sa jument favorite tomba malade. Le Roi la confia à deux consuls de la ville. A son retour, il eut la surprise de voir, près de la bête, un poulain. Pour perpétuer la mémoire de cet événement, la ville fit construire un poulain en bois pour être admis dans toutes les fêtes publiques.

Deux personnages furent introduits plus tard, Éstièinon et Éstièineta, sous la forme de deux mannequins juchés sur le Poulain. Ils rappellent une anecdote de 1622 : un maréchal galant avait pris en croupe sur son cheval une paysanne pour lui faire passer la Peyne, la rivière de Pézénas.

Imaginez donc le « Poulain de Pézénas », une armature en bois faite de cerceaux de châtaignier recouverte d’une housse de tissu bleu, semé d’étoiles et décoré aux armes de la ville. Tête et cou sont rendus mobiles. Sous cette armature se dissimulent 9 hommes robustes qui impriment à toute la carcasse les mouvements de la danse.

De nos jours, à Pézénas, le Poulain sort le Mardi-Gras et le 1er Juillet. Il est suivi par des musiciens, au nombre d’une dizaine : fifres, tambours et grosse caisse.

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L’animal parcourt la ville en une danse réglée par des lois précises. Il est précédé d’un meneur, vêtu de rouge et de blanc ; ce rôle est tenu actuellement par Francis Auran dit « Pampille ». Le parcours habituel du Poulain est le suivant : Mairie, Cours Jean Jaurès, Place de la République, Rue Anatole France,jBd Sarrasin, Route de Béziers, Place du 14 Juillet, Rue François Oustrin, Place Gambetta, Rue Alfred Sabatier, Rue Émile Zola, Cours Jean Jaurès. Au hasard du parcours, le Poulain quête pour les pauvres. Il s’arrête devant une boutique, un café, une maison, tend le cou, ouvre ses machoires qu’il referme bientôt sur l’obole. Par ses mouvements imprévus, l’animal est aussi capable de toutes sortes d’ »espiègleries » : pirouettes, ruades, etc…

Le répertoire du fifre

L’air du Poulain « Lo Polin » constitue, à lui seul, le répertoire de fifre au carnaval de Pézénas. Il comprend une entrée au tambour (appel), l’air à proprement parler, en 7 parties (l’une d’elles rappelle la Carmagnole, une autre l’air du Camel de Béziers), puis un rigaudon et un battement final de tambour. A ce répertoire, il faut ajouter la danse du soufflet, la danse du chevalet, la danse des treilles, qui, ici, étaient joués au fifre ; la danse du soufflet l’est encore, le « chivalet » jusqu’en 1974.

Remarquons que le poids du Poulain, de l’ordre de 360 kg, a été allégé avec des cerceaux en matière plus légére, depuis qu’il est allé se présenter à l’étranger, en Novembre 1989, à New Delhi et à Bombay, pour l’Année de la France en Inde, en compagnie de la Tarasque de Tarascon et de Reuze-Papa, un Géant du Nord.

Selon les recherches de Claude Achard, d’autres communes de l’Hérault ont eu leur « Poulain » . Adissan (vers 1920/1930), Agde, Alignan du Vent, Caux (apparition de 1864 à 1907, puis depuis 1986), Florensac, Montagnac (vers 1843), Montblanc (de 1920 à 1939, puis en 1980), Nizas, Pouzolles, St Thibery, Vias. L’ane de Bessan est à considérer comme un épigone probable du Poulain de Pézénas. Le hérisson (lo romegafre) de Roujan (créé en 1962), le Pesolh -le pou- de Conas (créé en 1976) le sont à coup sûr. Dans la liste des animaux fabuleux du Bas-Languedoc il faut encore ajouter le Chameau de Béziers, l’Ane de Gignac, le Boeuf de Mèze, le Loup de Loupian.

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