En Grande Bretagne

Les fifres réapparurent dans les régiments royaux vers le milieu du 17ème siècle et dans tous les autres vers 1744. Les « bands » formés de quelques tambours et d’un fifre se multiplièrent rapidement. La Grande Bretagne disposait de 70 régiments d’infanterie ; il faut y ajouter ceux de la Garde et ceux de l’Ecosse. Par la suite, nous retrouvons le fifre à un ou deux exemplaires dans les musiques militaires aussi bien dans l’infanterie que dans la cavalerie. Ainsi, fin XIXème, début XXème siècle, les fanfares des Coldstream Guards, des Life Guards, du Royal Horse Guards, des fusiliers marins, de l’infanterie de marine comprenaient des fifres.

Le fifre s’introduisit en Angleterre et en Ecosse vers les années 1530, semble-t-il d’après les chartes de l’époque qui citent souvent le fifre et le tambour par des désignations qui indiquent la nature « empruntée » des instruments; dans les textes écossais, on trouve l' »Almain whistle » (le « sifflet allemand ») et le « Suesche tambour » (le « tambour suisse »). Un règlement anglais de 1557 stipula que les tambours et les fifres devaient travailler leurs instruments et apprendre les sonneries aux soldats ; ces musiciens devaient également servir d’interprètes capables d’entrer en pourparler avec l’ennemi.

Les fifres participèrent aux exercices des milices élisabéthaines (à raison d’un fifre pour chaque compagnie composée de 100 hommes) et aux enterrements d’Henry VIII (1547) et d’Elisabeth I (1603). A la fin du 16e siècle et au début du 17e siècle on introduisit le fifre et le tambour sur scène dans plusieurs pièces londoniennes dont le « Timon d’Athènes” de Shakespeare. Dans le « Marchand de Venise » de cet auteur, un personnage parle d’ailleurs du « glapissement vil du fifre au cou tordu ». Une composition pour le virginal de William Byrd (musicien de cour sous Elisabeth I) intitulée « La Bataille” (vers 1591) évoque le son du fifre et du tambour (« The flûte and the droome »). Dans un recueil pour le virginal de 1656, on trouve la « Marche Ecossaise » ; les régiments écossais utilisaient les sonneries écossaises (« Scots Duty » ) au lieu des « sonneries anglaises » (« English Duty”) jusqu’à la publication du règlement de 1816 qui standardisa les sonneries de l’infanterie en adoptant les méthodes de fifre et de tambour d’un luthier londonien, Samuel Potter.

Vers la fin du 17e siècle, le fifre tomba en désuétude ; le dernier document qui en parla est daté du couronnement de Jacques II (1687). Cet abandon du fifre est, peut-être, à attribuer à l’adoption du hautbois par les Grenadiers à cheval en 1678 et ensuite par les dragons (qui utilisèrent également le tambour) et les régiments d’infanterie.

On ne peut pas dater avec précision la réintroduction du fifre dans l’armée britannique qui se serait faite vers 1745, selon toute probabilité sous l’influence des fifres des régiments hessois et hanovriens qui servirent avec des régiments anglais. C’est à partir de cette époque qu’on peut dater la prédominance des « garçons-fifres » dans l’armée britannique. Une des mélodies que jouèrent les fifres de l’armée britannique du 18e siècle et du 19e siècle (ainsi que ceux de l’armée révolutionnaire américaine, des armées de la Guerre de sécession américaine et de la marine britannique à Sydney (Australie) en 1788) fut la « Marche du Gredin » (« The Rogue ‘ s March »). L’exécution de cet air par les fifres et les tambours se fit à l’occasion de l’expulsion du service militaire d’un malfaiteur (que l’on fit marcher devant le régiment jusqu’à l’entrée du camp où le garçon tambour le plus jeune lui donna un coup de pied au cul) ou à l’occasion d’un charivari pour un soldat qui avait épousé la veuve d’un compagnon d’armes.

La réintroduction du fifre militaire eut un regain de popularité dans le civil ; de nombreuses personnes se mirent à en jouer. Le titre de nombreux recueils d’airs populaires (tels que les volumes du « Choix des Airs Ecossais, Anglais, Irlandais et Etrangers » de James Aird, publiés à Glasgow (Ecosse) à la fin du 18e siècle), indiquent que leur contenu fut « adapté pour le fifre ». On peut citer la formation des orchestres fifre/tambour civils en Ecosse et en Angleterre (comme en Irlande et en Australie) pour participer aux fêtes de la communauté villageoise ou urbaine.

Le fifre fut joué également pour conduire des manifestations. Par exemple, en 1812, au Nord de l’Angleterre, un fifre mena une révolte d’ouvriers contre l’introduction des machines à travailler le drap. En 1932, un contingent d’Ecossais participant à une « marche de la faim » utilisa un petit orchestre de fifres.

Cette tradition en faveur d’une « utilisation militante » du fifre est maintenue actuellement par les Protestants de l’Irlande du Nord qui jouent (au lieu du fifre) des flûtes traversières à cinq ou à six clés ( « band flûtes ») en différentes tonalités, le plus souvent en si bémol (six trous de jeu bouchés). Il faut noter à ce propos qu’au cours du 19e siècle, la « band flûte » remplaça le fifre dans les orchestres militaires et civils en Angleterre et en Irlande du Nord