Le fifre militaire en France

arton6  La création des véritables Gardes Suisses ne remonte qu’au 12 mars 1616 ; Cette date est fournie par les mémoires de François de Bassompierre, colonel général des Suisses et des Grisons. Le régiment fut créé à Tours par Louis XIII et comportait 12 compagnies qui avaient chacune 1 fifre et 5 tambours, soit 12 fifres au total. Le régiment disparut lors de la funeste journée du 10 Août 1792.

Jusqu’en 1777 environ, les seuls musiciens militaires étaient les fifres et les « clarinets » (cet instrument n’avait rien de comparable avec celui que nous connaissons aujourd’hui). Il faut savoir qu’à cette époque, la France ne comptait pas moins de 105 régiments d’infanterie, français et étrangers compris. Les fifres et les tambours rythmaient le pas des fantassins de l’Ancien régime.

-  Les Lansquenets

Il s’agit, à l’origine de « goujats » (valets d’armée), tout à la fois domestiques, palefreniers et soldats accompagnant un chevalier. Ici comme ailleurs, les nécessités de la guerre en augmentèrent le nombre et, groupés en troupes, ils formèrent l’infanterie allemande. S’inspirant de la terrible infanterie suisse, l’Empereur Maximilien 1er créa, à la fin du XVème siècle, une infanterie similaire, les « Lands-Knechte », de Land (plat pays) et de Knecht (serviteur), c’est-à-dire « hommes de la plaine » par opposition aux Suisses « hommes des montagnes ». La renommée de cette infanterie nouvelle ne tarda pas à se répandre dans toute l’Europe ; tous les souverains désiraient en avoir à leur service, particulièrement après les cuisants échecs des Suisses aux batailles de Marignan et de Pavie en 1515 et 1526, qui ternirent leur réputation. En France, la longue pique des nouveaux mercenaires provoqua la corruption du mot « Lands » en « Lans » d’où « Lansquenet ». En Allemagne, le langage populaire opta pour cette interprétation et le mot « Lanz knecht » apparut. Quant aux Anglais, ils forgèrent un « Lance-knigt ». Les lansquenets formèrent partout l’ossature solide de l’infanterie et servirent de modèles aux premiers régiments nationaux.

Les fifres ayant été introduits en France par les Suisses au service de Louis XI, il n’y a rien de surprenant à ce que l’on retrouve des fifres et des tambours dans les différentes infanteries composées de ces soldats de louage. Vers 1520, on voit apparaître en France, les premiers musiciens d’infanterie (fifres et tambours) dans les bandes de Picardie et de Champagne, dites « bandes deçà » combattant au nord, tandis que Piémont et Guyenne – les « bandes delà » défendaient le sud. Les quatre premiers régiments d’infanterie française étaient nés, créés en 1521 par François 1er. Depuis cette époque, nous retrouverons plus particulièrement des fifres dans les régiments d’infanterie.Lansquenets

-  Sous l’empire

Dans les régiments, il faut distinguer deux types de musiciens militaires : – Les musiciens de musique régimentaire composée presque en totalité de gagistes (musiciens recrutés par le colonel et qui pouvaient changer de régiment, voire même de camp). Dans les régiments d’infanterie de ligne et d’infanterie légère, les fifres et les tambours dans les compagnies de grenadiers et de fusiliers, qui formaient la batterie dirigée par un tambour-major. Dans les compagnies de voltigeurs, il semble que les fifres aient été remplacés par des cornets. Les musiciens ne jouaient pas seulement dans les parades prestigieuses de l’Empire. Napoléon, peu intéressé par la musique en général, n’ignorait pourtant pas le puissant effet qu’elle faisait sur le soldat et sur le peuple. Qui n‘a pas frémi en écoutant une fanfare militaire exécuter magistralement un morceau de musique militaire… En dehors de sonneries et batteries réglées p18_27_57_20RIL_201803_1808ar les ordonnances, tels le réveil, la diane ou l’extinction des feux, les airs joués par les bandes instrumentales étaient le plus souvent extraits du répertoire de vaudeville ; les vieux airs républicains pourtant si populaires quelques années plus tôt n’inspiraient que méfiance à l’Empereur, qui les trouvait trop entachés de sang français. Aussi les soldats défilaient-ils superbement au son de « J’aime l’oignon frit à l’huile », tiré d’une opérette en vogue ; tous les airs populaires vifs d’allure, carrés de forme, étaient adaptés par les chefs de musique. D’après Fétis, un corps de musique militaire comprenait eh principe 6 à 8 grandes clarinettes, une clarinette mi bémol, une petite flûte, 2 cors, 2 bassons, une trompette, 2 ou 3 trombones, 1 ou 2 serpents, une grosse caisse, une paire de cymbales, une caisse roulante et un chapeau chinois. Les chefs de musique se mirent à composer force marches et pas redoublés. L’un d’eux, nommé Gebauer en écrivit un grand nombre considéré comme les meilleurs du temps. Ce compositeur devait disparaître pendant la désastreuse campagne de Russie avec la plupart des musiciens. Ces derniers servaient sur le champ de bataille, à l’approvisionnement en cartouches ainsi qu’au ramassage des blessés. Les cornets d’infanterie légère, les fifres et les tambours jouaient un rôle Important dans la vie militaire. Quant à leur uniforme, il atteignit, sous l’Empire, les limites extrêmes de l’originalité et de la somptuosité. L’ordonnance de 1812 attribue la couleur verte à tous les musiciens, fifres tambours et tambours-majors. C’était la fameuse livrée impériale aux galons dorés ornés de « N » et d’aigles alternés. Nous trouvons un fifre dans la musique du 2ème régiment de chevaux légers, lanciers de la Garde impériale, régiment créé le 13 Septembre 1810 à Versailles. Nous en trouvons également dans les musiques de cavalerie légère (hussards, chasseurs à cheval, lanciers). La collection Wurtz du Musée de l’armée est, à ce sujet une source documentaire très importante.

-  Après le 1er Empire

Les fifres disparurent progressivement des musiques militaires ; un ou deux instrumentistes seulement subsistèrent. Exceptionnellement, on n’en compte pas moins de 6, par exemple dans la fanfare du 9ème régiment de hussards à Marseille en 1902 (3ème République). Il est important de préciser qu’à cette époque, une décision ministérielle autorisait dans chaque fanfare, l’achat d’instruments non réglementaires (cors de chasse, fifres, saxophones). Aujourd’hui encore, dans les musiques militaires, on trouve un ou deux musiciens pour jouer la flûte, ou encore le fifre, pour quelques morceaux. Seule, en France, la Légion étrangère a conservé ses fifres. Dans presque toutes les musiques militaires des armées du monde, le fifre a suivi une évolution semblable à celle qu’on lui connaît dans les musiques militaires de l’armée française, sauf peut-être dans les musiques militaires allemandes où, jusqu’en 1944, le fifre était encore présent d’une manière importante.