Le fifre : Petite note d’organologie

DCF 1.0Comme c’est le cas de nombreux instruments populaires, le fifre est sujet à des transformations morphologiques. Ainsi, sous ce nom, on trouve différents spécimens qui n’en appartiennent pas moins au même type. Par fifre, nous entendons :

– Une flûte à embouchure latérale

Aussi, l’utilisation du mot « fifre » pour certaines flûtes à embouchure terminale (type à bec) résulte d’une confusion terminologique cf. article de A.Gabriel (fifre/galoubet)

– dont le tuyau, de perce légèrement conique inversée (le plus souvent), est de dimension réduite,

La longueur du tuyau est comprise entre 30cm et 38cm, d’où la confusion avec le piccolo, « modèle réduit » de la flûte traversière et qui sonne à l’octave supérieure. Le piccolo existe depuis le XVIIIème siècle environ. Rappelons que Boehm élabora son système de clefs au début du XIXème siècle. On peut donc supposer que le piccolo a subi les mêmes transformations que la flûte traversière, et qu’au début du XVIIIème siècle, il devait ressembler à un fifre avec clef, d’où une confusion possible entre les deux instruments.

– percée de 6 trous de jeu, avec ou sans clef, ou bien de 7 trous de jeu (dont un sert pour le pouce), avec ou sans clef, ce qui représente quatre variantes du même type,

On peut penser, que les facteurs de fifre s’inspirèrent des transformations que la flûte traversière subit dès le début du XIXème siècle. Vers les années 1910/1920, le catalogue de la Manufacture Générale d’instruments de Musique Couesnon et Cie, fournisseur du Conservatoire National de musique de Paris, des Ministères de la Guerre, de la Marine, des Colonies et des Beaux-Arts, ainsi que de la Musique de la Garde Républicaine, présente même sous l’appellation « fifre », des flûtes à 4, 5 et 6 clefs. Le modèle à 6 trous (sans clefs) nous semble cependant être le plus ancien : la plupart des flûtes à embouchure latérale utilisées dans la musique populaire européenne et extra-européenne ne comportent que 6 trous de jeu antérieurs.

– couvrant, grosso modo, deux octaves et demie, et ayant le plus souvent pour note fondamentale, le ré 4 (588 Hz) ou le mi bémol 4

autres tonalités : sol, si b, do, ré b

ambitus du fifre à une clef, d’après F. Herbel : ré 4 à Sol 6 (le piccolo monte jusqu’au do 7 soit 4180 Hz) (La 3 = 440 Hz).

– offrant une gamme diatonique heptaphonique.

– de timbre perçant et intense

La tessiture du fifre lui donne une place privilégiée dans l’ensemble des instruments parmi lesquels il ressort nettement d’un point de vue sonore : on sait que la zone de sensibilité de l’oreille se situe vers 2000 Hz. Les hautes fréquences qu’il peut atteindre lui confère « brillant » et « mordant » qui caractérisent son timbre.

– fait de bois la plupart du temps (sureau, buis, ébène, grenadille, palissandre, amandier) ou, dans une version plus fruste, en roseau (canne de Provence), voire, en plastique ou en aluminium, de nos jours.

– répertoire : militaire (sonneries, marches…), en accompagnement du tambour sur caisse, et festif (musique de carnavals à l’occasion desquels il est joué de nos jours).

– origine : introduit en France par les mercenaires suisses (XVIème siècle), joué de nos jours à l’occasion des carnavals.

– terminologie : elle varie en fonction des régions (cf tableau), mais le nom fifre est d’origine allemande (pfife = tuyau).

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